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L’article 150- ter, du code général des impôts : comprendre le régime des apports-cessions de titres

L'article 150- ter, du code général des impôts : comprendre le régime des apports-cessions de titres

L'article 150- ter, du code général des impôts : comprendre le régime des apports-cessions de titres

L’apport-cession, c’est un peu le « joker fiscal » des entrepreneurs et des investisseurs en titres. Mal connu du grand public, il est en réalité encadré de très près par l’administration fiscale via l’article 150-0 B ter du Code général des impôts (souvent raccourci en « 150 ter » à tort dans le langage courant).

Bien utilisé, ce mécanisme permet de différer l’imposition de la plus-value lors de la vente de titres. Mal utilisé, il peut se transformer en redressement coûteux. L’objectif de cet article est donc simple : vous expliquer, de façon concrète, comment fonctionne ce régime, dans quels cas il est pertinent, et quels sont les pièges à éviter.

Apport-cession : de quoi parle-t-on exactement ?

Le schéma classique est le suivant :

En temps normal, si vous vendez directement vos titres, la plus-value est imposée immédiatement (flat tax 30 % ou barème progressif + prélèvements sociaux). Avec l’article 150-0 B ter, l’impôt sur la plus-value est « mis en pause » au moment de l’apport à la holding. On parle de report d’imposition.

Pourquoi ce régime existe-t-il ? Parce que le législateur a voulu faciliter la restructuration des entreprises et la réallocation des capitaux vers de nouveaux projets économiques. Autrement dit : on vous accorde un avantage fiscal à condition que l’argent reparte dans l’économie réelle, pas dans votre poche personnelle pour acheter une villa à la mer.

Les conditions à respecter pour bénéficier du report d’imposition

L’article 150-0 B ter fixe plusieurs conditions cumulatives. Si l’une d’elles saute, le report tombe, et l’impôt devient exigible.

Les principales conditions sont les suivantes :

Si ces conditions sont réunies, la plus-value constatée au jour de l’apport n’est pas imposée immédiatement : elle est placée en report. L’administration garde toutefois un œil dessus : elle n’est pas effacée, seulement différée.

Report d’imposition : comment ça marche, concrètement ?

Imaginons une situation courante.

Vous détenez 100 % des titres de votre société A, que vous avez créée il y a 10 ans :

Si vous vendez directement vos titres à un acheteur, vous serez imposé sur cette plus-value d’1 M€ (flat tax à 30 %, soit environ 300 000 € d’impôt et prélèvements sociaux, sous réserve de votre option pour le barème).

Avec l’article 150-0 B ter :

À ce stade, vous n’avez encore rien payé sur la plus-value d’apport. Fiscalement, l’impôt est « suspendu » tant qu’un événement ne vient pas mettre fin au report.

Quand le report d’imposition prend-il fin ?

Le report n’est pas éternel. Il prend fin dans plusieurs situations classiques :

Dans ce cas, la plus-value en report devient immédiatement imposable, en plus de la plus-value potentielle sur les titres de la holding.

Le point clé à garder en tête : à chaque fois que vous tentez de « remonter » de la trésorerie vers votre patrimoine personnel, l’administration se demandera si ce n’est pas, au fond, la plus-value en report que vous récupérez. Et si oui, elle la taxera.

La fameuse règle de remploi des 60 % : le nerf de la guerre

Le législateur a mis en place une contrainte centrale pour éviter que ce dispositif ne serve qu’à « encaisser » une plus-value au sein d’une holding puis à la laisser dormir sur un compte courant rémunéré.

Lorsque la holding revend les titres apportés dans un délai de 3 ans après l’apport, elle doit respecter une obligation de remploi :

Quels sont ces actifs éligibles ? Principalement :

Autrement dit, l’administration attend de vous que vous réinvestissiez réellement dans de nouveaux projets : rachat de PME, développement d’activité, capital-développement…

Si ce remploi n’est pas respecté (montant insuffisant, mauvais type d’actifs, délais non tenus), le report tombe : la plus-value initiale devient imposable, avec parfois des intérêts de retard.

Exemple : remploi des 60 % en pratique

Reprenons notre exemple avec 1 010 000 € de cession dans la holding.

Vous devez, dans les 2 ans suivant la vente :

Par exemple :

Les 404 000 € restants peuvent, eux, rester en trésorerie, être investis sur des placements financiers plus classiques (ETF, obligations, etc.), ou servir à de la stratégie patrimoniale via la holding (immobilier de bureaux, par exemple). Mais attention : si vous voulez vous verser des dividendes ou un salaire important, vous ne pourrez pas ignorer totalement la question de la plus-value en report.

Ce que l’administration fiscale surveille de très près

Depuis plusieurs années, l’administration a mis l’apport-cession dans son viseur, notamment pour lutter contre les montages « artificiels ».

Quelques points sensibles :

L’administration dispose en outre de l’arme de l’abus de droit. Si le schéma a pour objectif principal (ou exclusif) de contourner l’impôt, elle peut remettre en cause le report, appliquer la flat tax comme si vous aviez vendu directement, et ajouter des pénalités.

En pratique, il est crucial de pouvoir démontrer :

Apport-cession et stratégie patrimoniale : dans quels cas est-ce pertinent ?

L’article 150-0 B ter n’est pas fait pour tout le monde. Il prend tout son sens dans certains profils de situations :

En revanche, ce régime est rarement pertinent si :

Check-list : avant de vous lancer dans un apport-cession

Avant de signer les premiers actes, prenez le temps de passer votre projet au crible. Voici une check-list opérationnelle.

Les erreurs fréquentes à éviter

Quelques pièges classiques reviennent régulièrement dans les dossiers de contrôle.

Vous signez une promesse de vente en direct, puis, sur conseil tardif, vous créez une holding à la dernière minute pour faire un apport-cession. L’administration pourra considérer que la holding n’est qu’un écran artificiel, intervenu trop tard dans le processus de négociation.

Vous pensez avoir le temps, mais les 3 ans (pour la cession) et 2 ans (pour le remploi des 60 %) passent vite. Un projet d’investissement peut être retardé pour des raisons indépendantes de votre volonté, mais l’administration, elle, se fiera aux textes.

Le report d’imposition n’est pas une annulation de la plus-value. Tôt ou tard, si vous remontez du cash à titre privé, vous finirez par payer. L’intérêt du dispositif est de vous laisser le temps de faire travailler ce capital avant taxation, pas de supprimer l’impôt.

Quitter la France après un apport-cession ne vous met pas forcément à l’abri. Le régime de l’Exit Tax peut venir rajouter une couche de complexité, avec une imposition sur les plus-values latentes lors du départ. Chaque situation doit être étudiée sur mesure.

Apport-cession : outil puissant, mais à manier avec discipline

L’article 150-0 B ter est un outil redoutablement efficace pour qui a une vraie logique d’investisseur et une vision patrimoniale à moyen-long terme. Il permet :

En contrepartie, il impose :

Si vous vous reconnaissez dans le profil de l’entrepreneur ou de l’investisseur qui souhaite continuer à faire travailler son capital dans l’économie réelle, l’apport-cession peut être une piste à explorer sérieusement, avec des simulations chiffrées à l’appui.

En revanche, si votre objectif principal est de transformer une plus-value en trésorerie personnelle immédiatement consommable, ce dispositif ne vous correspond pas : mieux vaut alors assumer une cession classique, optimiser à la marge (barème, abattements, PEA, etc.) et construire une stratégie patrimoniale plus simple, mais cohérente avec vos objectifs.

Dans tous les cas, avant de signer un apport ou une cession, faites-vous accompagner par un professionnel qui maîtrise vraiment l’article 150-0 B ter, ses subtilités et sa pratique par l’administration. C’est souvent là que se fait la différence entre un levier patrimonial enviable… et un dossier qui se termine en contentieux fiscal.

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