Vous avez l’impression que votre bonus-malus est une sorte de formule magique incompréhensible que seul votre assureur maîtrise ? Rassurez-vous : le système est strictement encadré, parfaitement mathématique… et, bonne nouvelle, vous pouvez l’optimiser.
Dans cet article, on va décortiquer ensemble le fonctionnement du bonus-malus, voir comment il est calculé, comment il impacte le coût de votre assurance auto, et surtout comment faire baisser durablement votre prime.
Rappel : qu’est-ce que le bonus-malus en assurance auto ?
Le bonus-malus, ou coefficient de réduction-majoration (CRM), est un système utilisé par la plupart des assureurs pour ajuster le montant de votre prime en fonction de votre comportement au volant.
Concrètement :
- si vous ne causez pas d’accident responsable, vous êtes récompensé par un bonus ;
- si vous causez un ou plusieurs sinistres responsables, vous êtes pénalisé par un malus ;
- ce coefficient vient ensuite multiplier la prime de référence fixée par l’assureur.
C’est donc un outil à la fois incitatif et tarifaire : mieux vous conduisez, moins vous payez.
Les bases du calcul : comment fonctionne le coefficient bonus-malus ?
Le point de départ, c’est toujours le même : tout nouveau conducteur assuré en son nom propre commence avec un coefficient de 1,00 (appelé « tarif de base »).
Ensuite, chaque année, à la date d’échéance du contrat, l’assureur recalcule votre coefficient en tenant compte des sinistres responsables survenus pendant la période de référence.
Les règles principales :
- Sans accident responsable pendant 12 mois : votre coefficient est multiplié par 0,95, soit 5 % de remise.
- Avec un accident totalement responsable : votre coefficient est multiplié par 1,25 (majoration de 25 %).
- Avec un accident partiellement responsable : la majoration est de 12,5 %, soit un coefficient multiplié par 1,125.
- Bonus maximum : le coefficient est plafonné à 0,50 (soit 50 % de réduction sur la prime de base).
- Malus maximum : le coefficient est plafonné à 3,50 (soit 250 % de majoration).
Important : le bonus-malus ne s’applique qu’à la partie « responsabilité civile » et aux garanties directement liées aux accidents (dommages, bris de glace selon contrat, etc.). Les garanties annexes (assistance, protection juridique…) peuvent être tarifées à part.
Exemples concrets de calcul de bonus-malus
Rien de tel que quelques exemples pour y voir clair.
Exemple 1 : conducteur prudent, sans sinistre
Antoine s’assure pour la première fois le 1er janvier 2022. Il démarre avec un coefficient de 1,00. Prime de base fixée par l’assureur : 800 € par an.
- Au 1er janvier 2023 (1 an sans sinistre responsable) : coefficient = 1,00 × 0,95 = 0,95
Prime annuelle : 800 × 0,95 = 760 €. - Au 1er janvier 2024 (2e année sans sinistre) : coefficient = 0,95 × 0,95 = 0,9025 arrondi à 0,90
Prime annuelle : 800 × 0,90 = 720 €. - Au 1er janvier 2025 : coefficient = 0,90 × 0,95 = 0,855 arrondi à 0,86
Prime : 800 × 0,86 = 688 €.
Vous voyez la mécanique : chaque année entière sans accident responsable rapproche Antoine du fameux 0,50.
Exemple 2 : un sinistre responsable qui casse la dynamique
Reprenons Antoine, qui au 1er janvier 2026 a un coefficient de 0,76. Sa prime : 800 × 0,76 = 608 €.
En mars 2026, il cause un accident entièrement responsable.
- Au 1er janvier 2027 : coefficient = 0,76 × 1,25 = 0,95
Sa prime remonte à 800 × 0,95 = 760 €.
Autrement dit, un seul accident responsable a effacé près de 3 ans d’efforts de conduite.
Exemple 3 : le cas du malus lourd
Sophie cumule deux accidents responsables en une seule année, avec un coefficient initial de 1,00.
- Après le 1er accident : 1,00 × 1,25 = 1,25
- Après le 2e accident : 1,25 × 1,25 = 1,5625 arrondi à 1,56
Avec une prime de base de 900 €, sa prime passe alors à 900 × 1,56 = 1 404 €. Il lui faudra ensuite plusieurs années sans sinistre pour revenir à un niveau correct.
Bon à savoir : ce qui compte (et ce qui ne compte pas) dans le bonus-malus
Le système de bonus-malus ne s’applique pas à tous les sinistres de la même façon. Certains accidents ont un impact, d’autres pas.
Les sinistres qui impactent votre coefficient :
- Accidents dans lesquels vous êtes entièrement responsable (choc arrière, non-respect d’un stop…).
- Accidents avec responsabilité partagée (constat amiable indiquant une part de torts de chaque côté).
- Certaines atteintes aux tiers liés à la circulation.
Les sinistres qui n’impactent pas votre coefficient :
- Vol du véhicule (sauf cas particuliers selon les contrats, mais pas de malus légal).
- Bris de glace isolé.
- Incendie non provoqué par une faute de conduite.
- Catastrophe naturelle reconnue (inondation, tempête…) et événements climatiques.
- Accident dans lequel vous n’êtes pas responsable (l’autre conducteur est 100 % en tort).
C’est un point crucial : beaucoup d’assurés craignent de déclarer un sinistre mineur alors qu’il n’aura, en réalité, aucun effet sur leur bonus. En revanche, un accident responsable même sans gravité peut coûter cher à long terme.
Transfert du bonus-malus : que se passe-t-il si vous changez d’assureur ?
Le bonus-malus est attaché au conducteur, pas à la compagnie d’assurance. Vous pouvez donc changer d’assureur sans perdre votre historique.
Concrètement :
- Votre nouvel assureur récupère votre relevé d’information, qui mentionne votre coefficient et les sinistres des 5 dernières années.
- Il applique votre coefficient actuel à sa propre prime de base.
- Le montant de la prime peut donc changer même à coefficient identique, car chaque assureur fixe librement son tarif de base.
Autre point souvent méconnu : si vous restez plusieurs années sans assurance auto (vous n’avez plus de véhicule, par exemple), votre bonus n’est généralement pas « effacé », mais certains assureurs peuvent demander un historique récent. Il est donc utile de conserver vos anciens relevés d’information.
Cas particuliers : jeunes conducteurs, résiliation, second véhicule
La théorie est simple, mais la pratique réserve quelques subtilités.
Jeune conducteur
Un jeune conducteur démarre, comme tout le monde, à 1,00. Mais l’assureur peut appliquer une « surprime jeune conducteur » indépendante du bonus-malus, qui viendra augmenter la prime totale les premières années. Le bonus obtenu (par exemple 0,80 après quelques années) s’appliquera tout de même, ce qui permet de réduire progressivement la facture.
Résiliation pour non-paiement ou sinistres répétitifs
Si vous êtes résilié par votre assureur (non-paiement, trop de sinistres, retrait de permis), votre coefficient reste le même, mais votre profil devient plus difficile à assurer. Les assureurs spécialisés ou la majoration de prime peuvent rendre le coût très élevé, d’où l’intérêt de surveiller à la fois votre bonus-malus et votre comportement global.
Second véhicule
Certains assureurs acceptent d’appliquer le bonus du véhicule principal sur un second véhicule (par exemple pour un couple, ou pour un véhicule secondaire). Les modalités varient, mais cela peut être intéressant pour ne pas repartir à 1,00 sur chaque voiture.
Stratégies pour optimiser son bonus et réduire durablement sa prime
Comprendre le système, c’est bien. En tirer profit, c’est mieux. Voici plusieurs leviers pour faire baisser réellement le coût de votre assurance auto.
1. Protéger d’abord son bonus : prudence avant tout
Un seul accident responsable peut annuler plusieurs années de bonus. Avant de prendre le volant :
- évitez les trajets à risque en état de fatigue ou de stress intense ;
- respectez strictement les limitations (au-delà du risque d’amende, un choc à plus grande vitesse coûte plus cher en sinistres) ;
- en cas de doute sur une manœuvre, renoncez plutôt que de « tenter ».
Ce sont des évidences, mais sur 10 ou 15 ans, la différence financière est considérable entre un conducteur à 0,50 et un autre ballotté entre 1,00 et 1,50.
2. Ne pas multiplier les petits sinistres responsables
Une anecdote classique : un conducteur en « super bonus » (0,50 depuis plus de 3 ans) raye son pare-chocs en sortant de son garage. Il se dit : « Après tout, je suis assuré, autant déclarer ».
Problème : même un « petit » choc responsable génère un malus. Si les réparations coûtent 600 € et que ce malus va lui coûter, mettons, 150 € par an pendant plusieurs années, l’opération peut devenir perdante.
Réflexe utile : avant de déclarer un sinistre responsable mineur, demandez un devis de réparation et comparez-le à l’impact estimé sur votre prime future. Votre agent d’assurance peut parfois vous chiffrer l’effet du malus.
3. Adapter ses garanties au profil du véhicule et du conducteur
Le bonus-malus ne fait pas tout. Deux conducteurs au même coefficient peuvent payer des primes très différentes, selon leurs garanties et leur véhicule.
- Véhicule ancien à faible valeur (marché < 2 000–3 000 €) : l’assurance tous risques n’est pas toujours pertinente. Une garantie au tiers + options ciblées peut réduire fortement la prime.
- Si vous roulez peu (moins de 8 000 km/an) : les formules « au kilomètre » ou « pay how you drive » peuvent être intéressantes, surtout si vous êtes déjà bonussé.
- Conduite accompagnée pour les jeunes : elle est souvent valorisée par les assureurs, avec une prime de départ moins élevée et un bonus qui progresse plus sereinement.
4. Mettre en avant son bonus lors d’un changement d’assureur
Si vous êtes déjà à un bon niveau de bonus (0,60, 0,50…), vous êtes un profil attractif. N’hésitez pas à :
- faire jouer la concurrence en demandant plusieurs devis en mentionnant clairement votre coefficient ;
- négocier les garanties annexes (franchises, assistance, véhicule de remplacement) plutôt que de rogner uniquement sur le prix ;
- vérifier que le nouvel assureur ne compense pas votre « bon » bonus par une prime de base artificiellement élevée.
Un coefficient de 0,50 sur une prime de base à 1 000 € reste plus cher qu’un coefficient de 0,70 sur une base à 600 €… D’où l’importance de regarder le tarif global, pas seulement le bonus.
5. Penser long terme : anticiper les changements de situation
Votre comportement de conducteur évolue avec votre situation personnelle :
- déménagement en zone urbaine dense (plus de risques de sinistres) ;
- changement de véhicule pour un modèle plus puissant ou plus cher ;
- usage professionnel du véhicule.
Ces éléments peuvent impacter le montant de votre prime, indépendamment du bonus-malus. L’idée : préserver votre bonus tout en déclarant honnêtement votre situation (sinon, vous prenez le risque d’un refus d’indemnisation).
Revenir d’un malus : est-ce possible de « réparer » sa situation ?
Un malus n’est pas une condamnation à perpétuité. Le système est justement conçu pour permettre un retour progressif à un niveau normal.
Les règles de base :
- Chaque année sans nouveau sinistre responsable, votre coefficient diminue de 5 %.
- Après 2 années consécutives sans sinistre, le malus maximum ne peut pas être dépassé (et vous commencez à redescendre).
- Après plusieurs années de conduite prudente, vous pouvez revenir progressivement vers 1,00 puis aller chercher le bonus.
La clé : garder un contrat actif, même si le prix est temporairement difficile à accepter. Résilier ou ne plus s’assurer du tout ne « remet pas les compteurs à zéro » : vous risquez surtout de compliquer encore plus votre retour auprès d’un assureur classique.
Points de vigilance avant de signer (ou de résilier) un contrat
Parce que le bonus-malus n’est qu’une partie de l’équation, quelques réflexes peuvent éviter de mauvaises surprises.
- Lire attentivement le relevé d’information : vérifiez que tous les sinistres et votre coefficient sont correctement renseignés. Une erreur peut vous coûter plusieurs centaines d’euros sur plusieurs années.
- Comparer à garanties équivalentes : un contrat 20 € moins cher par an mais avec une franchise doublée peut être une fausse économie si un sinistre survient.
- Anticiper une éventuelle résiliation : si vous envisagez de changer d’assureur, évitez d’avoir un sinistre en cours de gestion non clarifié. Les nouveaux assureurs aiment les dossiers « propres ».
- Demander des simulations : n’hésitez pas à interroger votre assureur sur l’impact d’un éventuel sinistre (« Si je déclare ce choc, quel sera mon coefficient l’an prochain ? »).
En résumé : faire du bonus-malus un allié et non un ennemi
Le bonus-malus, loin d’être un outil ésotérique réservé aux assureurs, est un mécanisme strictement encadré, prévisible et, finalement, assez simple dès qu’on en maîtrise les règles.
Pour réduire durablement le coût de votre assurance auto, trois idées fortes se dégagent :
- soigner votre historique de conduite : chaque année sans sinistre responsable est un investissement qui rapporte de plus en plus avec le temps ;
- adapter votre contrat à votre réalité (type de véhicule, kilométrage, usage) plutôt que de chercher uniquement « le moins cher » ;
- mettre votre bonus en avant lors des changements d’assureur, tout en restant vigilant sur le tarif de base et les garanties.
En combinant une conduite prudente, une bonne compréhension de votre coefficient et un choix réfléchi d’assureur, vous transformez votre bonus-malus en véritable levier d’optimisation de votre budget auto… et, au passage, vous gagnez en sérénité sur la route comme dans vos finances personnelles.
