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Abattement 20 résidence principale succession : comment réduire les droits lors de la transmission de votre logement

Abattement 20 résidence principale succession : comment réduire les droits lors de la transmission de votre logement

Abattement 20 résidence principale succession : comment réduire les droits lors de la transmission de votre logement

Pourquoi la résidence principale bénéficie d’un abattement de 20 % en succession

Quand on parle de succession, la résidence principale du défunt est souvent le bien le plus important, financièrement et affectivement. La bonne nouvelle, c’est que le fisc applique un coup de pouce spécifique : un abattement de 20 % sur la valeur de ce logement, sous certaines conditions.

L’objectif de cet avantage est simple : éviter d’étrangler les héritiers avec des droits de succession sur un bien qu’ils ne veulent pas forcément vendre immédiatement, voire qu’ils souhaitent conserver pour y vivre.

Mais comme souvent en fiscalité, le diable se cache dans les détails. Tout le monde ne peut pas en profiter, et une petite erreur (ou un oubli) dans la déclaration peut coûter plusieurs milliers d’euros.

On va donc voir, étape par étape :

Abattement de 20 % : de quoi parle-t-on exactement ?

Juridiquement, il s’agit d’un abattement sur la valeur vénale de la résidence principale du défunt pour le calcul des droits de succession (article 764 bis du CGI).

En clair, si la maison ou l’appartement valait 400 000 € au jour du décès, l’administration accepte qu’on ne retienne que 320 000 € comme base taxable (400 000 € – 20 %).

Important à comprendre :

Ce n’est donc pas une réduction « en plus » de 20 % sur votre facture finale d’impôts, mais une minoration de la valeur soumise aux droits.

Les conditions pour profiter de l’abattement de 20 %

Pour bénéficier de cet abattement, il ne suffit pas que le bien soit la résidence principale du défunt. Il faut en plus qu’au jour du décès, la résidence soit effectivement occupée par certains proches.

Les règles sont les suivantes :

Pour les enfants majeurs, l’abattement n’est possible que si leurs revenus ne dépassent pas certains plafonds, proches de ceux applicables pour bénéficier d’un logement social (ces plafonds sont révisés régulièrement).

En pratique, la situation la plus fréquente est celle-ci :

À l’inverse, si le bien est vide au moment du décès (EHPAD, maison de retraite, location, etc.), l’abattement peut sauter, même si ce logement était la résidence principale du défunt quelques mois plus tôt.

Exemple chiffré simple : veuve et trois enfants

Imaginons la situation suivante :

Application de l’abattement :

On ne va donc pas taxer une base de 500 000 €, mais seulement 400 000 € pour ce bien. La différence d’impôt peut être très significative, surtout si vous êtes dans les tranches hautes du barème des droits de succession.

Ensuite, on répartit ces 400 000 € selon les droits de chacun dans la succession (selon le régime matrimonial et la présence ou non d’un testament). Mais le gain fiscal lié à l’abattement de 20 % est déjà acquis.

Cas particuliers fréquents : EHPAD, indivision, SCI, démembrement

La vie réelle est rarement aussi simple. Regardons quelques situations qui reviennent souvent en consultation.

Le défunt vivait en EHPAD ou en maison de retraite

C’est le cas typique qui fait débat. Monsieur ou Madame est parti(e) vivre en EHPAD, a gardé sa maison, mais n’y habitait plus au jour du décès.

Les questions clés sont :

Si le conjoint restait dans la maison pendant que l’autre était en EHPAD, l’abattement de 20 % reste en principe applicable (le logement reste la résidence principale du couple, et il est occupé au jour du décès).

En revanche, si le logement était vide, ou loué, sans occupant éligible, l’abattement est souvent refusé par l’administration, même si c’était « le logement de toujours » du défunt.

Dans ces situations, il est utile de :

Résidence principale détenue en indivision

Autre cas fréquent : le bien est détenu en indivision, par exemple entre les deux époux (50/50) ou entre l’un des époux et des tiers.

L’abattement de 20 % est alors applicable proportionnellement à la fraction de la résidence principale qui figure dans la succession.

Exemple :

Au décès de Monsieur :

On ne peut pas appliquer 20 % sur 600 000 €, seulement sur la fraction qui fait partie de l’actif successoral.

Résidence principale détenue via une SCI

Beaucoup de contribuables détiennent leur résidence principale à travers une SCI, parfois pour de bonnes raisons (organisation patrimoniale, gestion commune, etc.), parfois pour de mauvaises (idée reçue sur un « cadeau fiscal »).

Mauvaise surprise : l’abattement de 20 % pour résidence principale en matière de succession ne s’applique pas aux parts de SCI détenant le logement.

Pourquoi ? Parce que juridiquement, ce ne sont plus des droits immobiliers directs, mais des parts sociales. L’administration considère que l’abattement vise la résidence principale en tant que bien immobilier, pas les titres de société qui la détiennent.

Résultat : en logeant sa résidence principale en SCI, on perd cet avantage spécifique de 20 % au moment de la succession. Un point à intégrer dans toute réflexion de structuration patrimoniale.

Résidence principale démembrée (usufruit / nue-propriété)

Le démembrement de propriété est très utilisé en transmission : on donne la nue-propriété du bien à ses enfants, tout en conservant l’usufruit (droit d’occuper ou de louer).

Au décès de l’usufruitier, la pleine propriété se reconstitue gratuitement chez le nu-propriétaire, hors droits de succession. La question de l’abattement de 20 % se pose alors surtout lors de la première transmission (donation ou succession qui met en place le démembrement), pas au décès de l’usufruitier.

Deux points pratiques :

Comment se cumule l’abattement de 20 % avec les autres avantages en succession ?

L’abattement de 20 % ne vient pas remplacer les abattements personnels (100 000 € par enfant, par exemple). Il vient en amont, directement sur la valeur du bien.

Le schéma de calcul ressemble à ceci :

Autrement dit : l’abattement de 20 % se cumule très bien avec les stratégies classiques d’optimisation, comme les donations en amont ou l’utilisation de l’assurance-vie.

Exemple global : maison de 600 000 €, deux enfants

Imaginons Madame, veuve, qui décède en laissant :

Les enfants ne vivaient pas dans cette maison. Dans ce cas, l’abattement de 20 % ne s’applique pas car aucun conjoint, aucun enfant mineur ou enfant majeur aux revenus plafonnés n’occupait le bien au jour du décès.

Calcul simplifié :

Maintenant, varions un paramètre : imaginons que l’un des deux enfants, en difficulté financière, vivait avec Madame dans cette maison, et que ses revenus respectent les plafonds. On peut alors appliquer l’abattement de 20 %.

Nouvel actif brut :

Résultat : 60 000 € de base taxable en moins par enfant (300 000 € vs 240 000 €), ce qui se traduit par plusieurs milliers d’euros d’économie de droits.

Les erreurs fréquentes qui coûtent cher

Quelques pièges reviennent régulièrement dans les dossiers de succession.

Comment sécuriser l’utilisation de l’abattement de 20 % ?

Quelques bonnes pratiques permettent de bénéficier sereinement de cet avantage :

Transformer la règle fiscale en stratégie patrimoniale

L’abattement de 20 % sur la résidence principale en succession n’est qu’un élément parmi d’autres, mais sur un bien à 500 000 € ou 800 000 €, cela représente vite 100 000 à 160 000 € de base taxable en moins. À un taux marginal de 20 ou 30 %, le gain n’est pas anecdotique.

Pour autant, chercher à « forcer » les conditions (déclarer une adresse de complaisance, faire semblant d’habiter quelque part) est une fausse bonne idée. L’administration a accès à beaucoup de données (consommations d’énergie, déclarations de revenus, etc.), et les incohérences ressortent assez vite.

La bonne approche consiste plutôt à :

En matière de succession, on ne choisit pas toujours le moment du décès, mais on peut largement choisir le décor juridique et fiscal dans lequel il interviendra. L’abattement de 20 % sur la résidence principale fait partie de ces leviers simples à comprendre, mais qu’il serait dommage de laisser sur la table par méconnaissance ou par négligence dans la préparation du dossier.

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