Quels avantages fiscaux lors du mariage ? optimiser votre imposition commune et vos options de régime matrimonial
Se marier, c’est souvent vu comme un événement personnel, familial, parfois religieux. Mais c’est aussi – et surtout – un vrai tournant patrimonial et fiscal. Et comme d’habitude, le fisc ne rate jamais une occasion de s’inviter à la fête.
Bonne nouvelle : le mariage offre de vrais avantages fiscaux… à condition de comprendre comment fonctionne l’imposition commune, ce que change le choix du régime matrimonial et les options qui s’offrent à vous l’année du mariage.
Pourquoi le mariage change votre fiscalité
Avant le mariage, chacun déclare ses revenus de son côté. Après le mariage, sauf cas particuliers, vous formez un seul foyer fiscal. Concrètement, cela signifie :
- Un seul avis d’imposition pour le couple (et les enfants à charge éventuels).
- Un revenu global : les revenus de chacun sont additionnés.
- Un seul barème de l’impôt, appliqué à ce revenu global, mais avec un nombre de parts fiscal qui augmente.
Le mécanisme clé, c’est le quotient familial : plus vous avez de parts, plus le revenu imposable par part diminue, donc plus vous avez de chances de baisser de tranche.
Un couple marié sans enfant a 2 parts, là où deux célibataires ont chacun 1 part. On passe donc d’une imposition séparée sur 2 fois 1 part à une imposition commune sur 2 parts.
Imposition commune : quand le mariage fait baisser l’impôt (et quand il ne change rien… ou presque)
La vraie question, ce n’est pas “Est-ce que le mariage fait payer moins d’impôts ?”, mais “Dans votre situation, le mariage est-il fiscalement intéressant ?”.
Pour le savoir, il faut comparer deux choses :
- Impôt total avant mariage = impôt de chacun calculé séparément.
- Impôt après mariage = impôt du couple sur une déclaration commune.
Regardons trois cas typiques.
Cas 1 : gros écarts de revenus = souvent gagnant
Exemple :
- Vous gagnez 55 000 € nets imposables par an.
- Votre futur conjoint gagne 15 000 €.
Avant mariage :
- Vous, avec 55 000 €, vous êtes dans une tranche relativement élevée.
- L’autre, avec 15 000 €, paie peu ou pas d’impôt.
Après mariage :
- Revenu du couple = 70 000 €.
- Parts = 2.
- Revenu imposable par part = 35 000 €.
Résultat : vous lissez les revenus. Une grande partie de vos revenus “redescend” dans des tranches plus basses grâce à la présence du conjoint qui gagne moins. Dans ce type de configuration, l’économie d’impôt peut être significative.
Cas 2 : revenus similaires et assez élevés = parfois neutre
Exemple :
- Vous gagnez 40 000 € par an.
- Votre conjoint gagne 42 000 €.
Avant mariage :
- Chacun paie son impôt sur environ 40 000 €.
Après mariage :
- Revenu du couple = 82 000 €.
- Parts = 2.
- Revenu imposable par part = 41 000 €.
Vous restez globalement dans les mêmes tranches. L’effet de l’imposition commune est souvent limité : légère baisse, stabilité ou parfois légère hausse selon les détails (charges déductibles, réductions, crédits d’impôt déjà utilisés par chacun, etc.).
Cas 3 : un des deux ne travaille pas (ou peu) = très souvent gagnant
Exemple :
- Vous gagnez 60 000 €.
- Votre conjoint ne perçoit aucun revenu imposable.
Avec 2 parts pour 60 000 €, votre revenu par part tombe à 30 000 €. Là aussi, votre taux d’imposition baisse, et l’économie peut être sensible.
Point de vigilance : l’imposition commune peut aussi impacter :
- Le taux de prélèvement à la source (que vous pouvez ajuster : taux neutre, taux individualisé).
- Les plafonds de certains dispositifs (Pinel, PER, défiscalisation outre-mer, etc.).
Avant de vous dire “on va faire des économies d’impôts en se mariant”, prenez vraiment une demi-heure pour faire les deux simulations (impôt séparé vs impôt commun) sur le simulateur officiel de l’administration fiscale.
Mariage, PACS, concubinage : comparaison fiscale rapide
Une question revient souvent : “Mariage ou PACS : qu’est-ce qui est le plus intéressant fiscalement ?”. Sur le plan de l’impôt sur le revenu, mariage et PACS sont très proches :
- Imposition commune du couple.
- Même nombre de parts pour le foyer.
- Mêmes règles de base pour le barème.
La grande différence, ce n’est pas tant l’impôt sur le revenu que :
- La protection en cas de décès.
- Les règles de succession et de donations.
- Le régime matrimonial (ou patrimonial) applicable.
En concubinage, vous êtes fiscalement deux célibataires. Aucun foyer fiscal commun, aucune protection automatique en cas de décès, et une fiscalité très lourde sur les transmissions de patrimoine entre concubins.
Sur le long terme, mariage et PACS sont beaucoup plus protecteurs que le concubinage, et pas seulement pour l’impôt sur le revenu.
Année du mariage : comment déclarer et optimiser
L’année où vous vous mariez, vous avez une particularité : vous pouvez, sous certaines conditions, choisir entre plusieurs options de déclaration pour cette année-là.
En principe, depuis la réforme, vous effectuez une seule déclaration commune pour toute l’année du mariage. Mais dans certains cas spécifiques (séparation de biens avec absence de vie commune, mesures judiciaires, etc.), des déclarations séparées peuvent encore exister.
Pour la majorité des couples, la question est surtout de vérifier :
- Les revenus perçus avant et après le mariage.
- Les régularisations de prélèvement à la source.
- Les changements de situation à déclarer rapidement en ligne (service “Gérer mon prélèvement à la source”).
Astuce pratique : pensez à mettre à jour votre situation familiale sur impots.gouv.fr dès le mariage (rubrique “Gérer mon profil”). Cela permet d’ajuster votre taux de prélèvement à la source le plus tôt possible, plutôt que de subir un rattrapage l’année suivante.
Régime matrimonial : quels impacts fiscaux concrets ?
Le mariage n’est pas qu’une histoire de barème d’impôt. Le choix du régime matrimonial a un impact majeur sur :
- La propriété des biens (qui possède quoi ?).
- La façon dont ces biens seront transmis.
- La fiscalité des donations et successions.
Les trois régimes les plus fréquents :
- Communauté réduite aux acquêts (régime légal par défaut).
- Séparation de biens.
- Communauté universelle (souvent avec clause d’attribution intégrale).
Communauté réduite aux acquêts
Sans contrat de mariage, c’est le régime qui s’applique automatiquement. En simplifiant :
- Tout ce que vous possédez avant le mariage reste votre bien propre.
- Tout ce que vous achetez pendant le mariage (avec vos revenus) est commun, sauf cas particuliers (héritages, donations, etc.).
Conséquences patrimoniales et fiscales :
- Au décès de l’un, la moitié de la communauté lui appartenant entre dans sa succession.
- Le conjoint survivant bénéficie d’abattements et d’exonérations de droits de succession (le conjoint est exonéré de droits de succession en ligne directe), mais le partage du patrimoine dépend de la présence d’enfants.
Séparation de biens
Avec ce régime, chacun reste propriétaire de ce qu’il achète, gagne ou possède. Les biens communs existent, mais ils sont en général minoritaires et clairement identifiés (par exemple, un bien immobilier acheté à deux en indivision).
Fiscalement :
- Vous restez tout de même imposés ensemble sur le revenu (sauf situations particulières).
- En cas de décès, le conjoint survivant n’hérite pas automatiquement de la moitié de l’ensemble du patrimoine du couple, puisqu’il n’y a pas de communauté à partager : seuls les biens propres du défunt et la part lui revenant dans les biens indivis entrent dans la succession.
Ce régime est parfois pertinent :
- Si l’un des deux exerce une activité professionnelle à risque (chef d’entreprise, profession libérale).
- Si les deux souhaitent garder une séparation patrimoniale nette (enfants d’une première union, gros écarts de patrimoine au départ, etc.).
Communauté universelle (avec ou sans clause d’attribution intégrale)
Dans ce régime, la quasi-totalité des biens, présents et à venir, est commune.
Avec une clause d’attribution intégrale, au décès du premier conjoint, le survivant récupère la totalité de la communauté, sans droits de succession à payer. C’est extrêmement protecteur pour le conjoint survivant… mais cela peut pénaliser les enfants, notamment d’une première union.
Point de vigilance majeur : ce qui est fiscalement attractif pour le couple ne l’est pas toujours pour les héritiers. Avant de choisir ou modifier votre régime matrimonial, une analyse globale (patrimoine, âge, enfants, objectifs) est indispensable.
Mariage et transmission : fiscalité des successions et donations
Le mariage change fortement les règles du jeu au décès… et pas seulement sur le plan émotionnel.
Entre époux, en cas de décès :
- Le conjoint survivant est exonéré de droits de succession. Il ne paie pas de droits sur ce qu’il reçoit de la succession de l’époux défunt.
- Mais attention : exonération fiscale ne veut pas dire qu’il reçoit “tout”. La part qu’il reçoit dépend de la présence d’enfants et de ce que prévoit votre régime matrimonial et/ou votre testament.
Entre époux, de votre vivant (donations) :
- Abattement spécifique de 80 724 € (au 1er janvier 2024, seuil à vérifier à la date de votre projet) sur les donations entre époux, renouvelable tous les 15 ans.
- Au-delà, application d’un barème progressif.
Comparé au concubinage :
- Entre concubins, il n’y a ni exonération de droits de succession, ni abattement significatif : on bascule très vite à un taux de 60 % de droits sur la part transmise.
Autrement dit, en matière de transmission, le mariage (et le PACS, dans une moindre mesure) est un outil fiscal très favorable, surtout si vous commencez à constituer un patrimoine conséquent.
Mariage, immobilier et impôts : quelques cas pratiques
Cas pratique 1 : achat de la résidence principale après le mariage
Vous vous mariez, puis vous achetez une résidence principale financée par un crédit commun, avec un apport de chacun.
- En communauté, le bien est commun, peu importe qui rembourse le plus. En cas de revente, le prix est partagé à 50/50, sauf aménagement spécifique.
- En séparation de biens, chacun est propriétaire selon la répartition inscrite dans l’acte (50/50, 60/40, etc.). Les intérêts d’emprunt, dans les dispositifs de déduction ou réduction d’impôt, suivent en général ces quotes-parts.
Cas pratique 2 : l’un des deux possède déjà un bien locatif
Si vous êtes en communauté réduite aux acquêts :
- Le bien acheté avant le mariage reste un bien propre.
- Les revenus locatifs sont imposés au niveau du foyer fiscal, mais le bien lui-même n’est pas automatiquement partagé en cas de séparation ou de décès (sauf décisions particulières prises plus tard).
En séparation de biens, le principe est encore plus clair : le bien et les loyers restent attachés au propriétaire, même si l’imposition se fait sur le foyer.
Effet sur la fiscalité locative : les loyers s’ajoutent au revenu global du couple. Se marier peut donc changer la tranche marginale d’imposition appliquée à ces revenus, et donc la rentabilité nette de l’investissement. Un couple qui se marie, avec un conjoint au revenu élevé, peut faire “monter” la fiscalité applicable aux loyers déjà existants.
Check-list avant (ou juste après) le mariage pour optimiser sa fiscalité
Pour passer de la théorie à l’action, voici une démarche simple, à suivre étape par étape.
1. Simuler votre impôt avant/après mariage
- Rassemblez vos derniers avis d’imposition.
- Utilisez le simulateur officiel sur impots.gouv.fr.
- Comparez : impôt total célibataires vs impôt du couple marié.
2. Examiner votre régime matrimonial (ou futur contrat de mariage)
- Régime actuel ou par défaut : communauté réduite aux acquêts.
- Bonnes raisons éventuelles de passer en séparation de biens : risque professionnel, protection d’enfants d’une première union, gros écarts de patrimoine.
- Bonnes raisons éventuelles de considérer une communauté universelle : couple stable de longue date, volonté de protection maximale du conjoint survivant, enfants déjà autonomes, etc.
3. Faire un point patrimoine et succession
- Listez vos biens : comptes, épargne, immobilier, entreprise, etc.
- Identifiez la protection actuelle de votre conjoint en cas de décès (testament, donation entre époux, clause bénéficiaire d’assurance-vie).
- Simulez (avec un notaire ou un conseiller) la répartition du patrimoine en cas de décès de l’un ou de l’autre.
4. Mettre à jour vos données fiscales et administratives
- Déclarez votre changement de situation sur impots.gouv.fr (rubrique “Gérer mon profil”).
- Ajustez votre taux de prélèvement à la source (taux du foyer, taux individualisé si besoin).
- Mettez à jour les bénéficiaires de vos contrats d’assurance-vie, de prévoyance, de retraite.
5. Vérifier l’impact sur vos dispositifs de défiscalisation
- Pinel, Denormandie, Censi-Bouvard, Girardin, etc. : les plafonds sont souvent calculés par foyer fiscal.
- Pensez aussi à vos versements sur Plan d’épargne retraite (PER) : les plafonds de déduction sont individuels mais la stratégie est à raisonner au niveau du couple.
Le mariage peut être une formidable occasion de remettre à plat votre stratégie fiscale et patrimoniale. L’important n’est pas de chercher un “bonus fiscal magique”, mais de comprendre les règles, d’anticiper les effets (bons ou mauvais) et de choisir, en connaissance de cause, le régime matrimonial et les options qui protègent réellement votre couple… et vos enfants.


